LES ENFANTS DES RUES

On estime à 150 000 le nombre d'enfants vivant dans les rues de Mumbai, la capitale économique de l'Inde. L'UNICEF distingue trois catégories. Les enfants de la première vivent avec leur famille sur les trottoirs, ceux de la seconde gardent un contact familial épisodique. La troisième catégorie regroupe les enfants coupés de tout lien familial. Si les difficultés économiques sont communes aux trois catégories, avec principalement les méfaits d'un exode rural massif, les deux dernières sont aussi conséquentes à la maltraitance. Certains enfants fuyant un environnement qui leur est devenu insupportable, partent en quête d'une vie meilleure. Elle aboutit généralement dans la gare d'une grande ville, symbole de toutes les promesses de liberté et de prospérité. Très vite c'est l'apprentissage d'une grande vulnérabilité, l'exposition à la drogue, la délinquance, l'exploitation professionnelle, l'abus ou l'esclavage sexuel. C'est aussi l'illettrisme, la malnutrition, l'absence d'hygiène, le harcèlement, le racket, ou simplement l'indifférence et le mépris. Pour survivre, c'est la débrouille au jour le jour. La plupart des enfants gagnent quelques roupies en exerçant des petits boulots (chiffonnier, livreur de thé, cireur de chaussure...), quand d'autres mendient. Ainsi, toute une vie se développe autour des grandes gares où se concentre cette enfance abandonnée. Les ONG y ont donc installé des centres d'accueil offrant repos, sécurité et attention, puis, la confiance aidant, un accompagnement, une éducation et une prise en charge du quotidien.

 

Dans les années soixante, aucune institution ne se préoccupait du sort des enfants des rues, si ce n'est à travers une justice répressive qui le plus souvent était synonyme d'humiliations et de violences policières. Avec l'émergence des ONG, les autorités gouvernementales ont été poussées à considérer la question de cette enfance livrée à elle-même et à contribuer à l'amélioration de sa situation. Le travail de terrain reste aujourd'hui encore principalement la responsabilité des ONG. A Bombay, SNEHASADAN a été la première à s'y consacrer.

TEMOIGNAGES

L'histoire de Raju est à l'image de celle des autres enfants qui échouent dans les gares de Bombay avant d'être accueilliS au sein de SNEHASADAN. Déjà orphelin de son père, Raju perd sa mère à l'âge de quatre ans. Après quelques temps de débrouille, il est contraint de rejoindre la maison de lointains parents.

« C'est chez eux que j'ai connu les pires traitements et entendu les paroles les plus horribles. Ils me battaient, me jetaient de la poudre de piment dans les yeux et menaçaient de me tuer. Avec eux, j'ai découvert Bombay et fait les premiers pas qui m'ont guidé vers la misère de la rue. Un jour ils m'ont poussé du troisième étage d'un immeuble. Tombé sur un tas de sable, je me suis relevé sain et sauf avec la détermination de fuir. Je me suis dirigé vers la gare de Borivali, premier contact avec le milieu de la rue. J'ai fait la rencontre d'un homme qui vendait du thé dans les trains. J'ai accepté de le suivre mais dès le lendemain je me suis à nouveau enfui. La nuit tombée, il m'avait abusé sexuellement. J'étais apeuré, traumatisé, perdu, affamé, dégoûté, fatigué… Fatigué de tomber de haut et de devoir me relever pour ensuite rencontrer un obstacle encore plus grand, insurmontable. »

Commence alors pour Raju une vie d'errance autour de la gare de Churchgate, la fréquentation des « big boy », la consommation de drogue pour couper la faim et supporter la cruauté de la rue. Petit à petit, il devient familier d'une assistante sociale qui le guide vers un premier séjour dans un foyer de SNEHASADAN. Se sentant oppressé par les contraintes de la vie collective, il fuit une nouvelle fois et se laisse entraîner à New Delhi. Au réveil de sa première nuit dans les rues de Delhi, son compagnon de voyage avait disparu, ses vêtements et ses objets fétiches aussi... D'autres mésaventures s'en suivront jusqu'à ce que Raju finisse par retourner à Bombay, pour immédiatement échouer dans une maison de correction. Il a alors 10 ans.

 

« Nous étions une trentaine d'enfants entassés dans 15 m², sans la moindre hygiène. Heureusement, un trou dans un mur nous a permis de nous enfuir après deux semaines d'enfermement. Un des fuyards avait décidé de rejoindre SNEHASADAN. Je l'ai suivi et cette fois j'y suis resté. En deux ans et demi j'ai rattrapé tout mon retard scolaire. Maintenant que je suis adulte, je me sens heureux, équilibré et protégé. »

Témoignage de Raju ancien enfant de la maison 11

Témoignage d'Amin ancien enfant de la maison 1

 
 

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